Comme le premier Nissan est un Roch Achana spécial, celui des Rois d’Israël, pour le décompte de leur règne (Michna Roch Achana 1.1), il est célébré à Tunis et à Djerba de manière solennelle.

A Tunis, la coutume veut que l’épouse allume la veilleuse d’huile à mèche de coton comme chaque veille de Roch Hodech. Puis chaque membre de la famille, par ordre d’âge, glisse un bijou en or ou en argent, en faisant un vœu, pour que l’année soit prospère. Les femmes glissent leur alliance et tous font bien attention de ne pas éteindre la veilleuse, lors de cette cérémonie. Puis on se régale avec une bkaëlla et du nougat en dessert pour que l’année soit douce.

La communauté de Djerba remplit la tradition de la Bshisha dont voici quelques détails : La Bshisha est un mélange, moulu très fin, de blé et d’orge additionné d’épices coriandre et fenouil (anis). Certaines communautés ont coutume d’ajouter des dattes, des amandes, des noix, des raisins secs, etc… Comment procéder? On place la Bshisha dans une coupe ou une assiette creuse. Tous les membres de la famille tendent l’index vers le centre de l’assiette. Le chef de famille tient dans une main une clé (mâle, non creuse) et dans l’autre main une bouteille d’huile, fait couler l’huile sur les doigts tendus et sur la clé puis tous mélangent la Bshisha et l’huile en prononçant la phrase suivante :  » Khalat el Abshisha bel neftah ya fetah hon alina ya moulana ya razak « , que l’on peut ainsi traduire ; mélangeons la Bshisha avec la clé, pour toi l’Eternel qu ouvre les portes du Bien. Offre-nous Ta grâce, Toi Notre Créateur miséricordieux « . Après avoir mélangé, on goûte l’amalgame.

ROCH HODECH ELBNAT

par Kisse Rahamim

C’est le premier Tévèt, pendant la fête de Hanoucca que les juifs de Tunisie célèbrent le Roch Hodech elbnat, la néoménie des jeunes filles.

HISTORIQUE :

On commémore l’histoire de Judith ce jour.

La ville de Béthulie alors assiégée par l’armée d’Holopherne, général de Nabuchodonosor, allait succomber lorsque Judith, jeune veuve, décide, sur l’inspiration divine, de sauver son peuple.

Elle se rend au camp de l’ennemi, captive par sa beauté l’attention d’Holopherne et accepte de s’asseoir à sa table.

Une fois Holopherne accablé par l’ivresse, Judith lui tranche la tête et rentre à Béthulie dans la nuit.

Le lendemain, les juifs suspendent la tête d’Holopherne à un mur.

Ses hommes, pris de panique, lèvent le siège après avoir subi une terrible défaite.

Holopherne avait édicté des restrictions dont les jeunes filles avaient pâti et le sort a décidé que c’est le courage d’une femme qui a permis de leur rendre leur liberté.

TRADITIONS:

Les juifs de Tunisie célèbrent avec allégresse cet événement dont on ne trouve cependant pas trace dans la Bible. Des gâteaux de toutes sortes sont préparés à cette occasion : yoyos, makroudes, manicotis ou deblas, briks au miel, farka aux dattes spécialement préparées pour cette circonstance.

Sous l’influence européenne, des gâteaux européens étaient préparés et une pièce montée pour les fiancés. Les jeunes gens ont coutume de gâter leur fiancée avec des friandises et des bijoux. Cette fête était toute faite de joie et de gaieté. La femme y retrouve ainsi la place qui lui revient.

A côté des fêtes édictées par la Halakha, les Juifs de Tunisie ont coutume de célébrer chaque année deux fêtes particulières, Rosh Hodesh el Bnat « la fête des filles » (le 7 ème jour de ‘Hanoucca) et Se’udat Yitro « la fête des garçons ». L’origine de cette dernière célébrée le jeudi de la semaine de la sidra de Yitro (Exode, XVIII), n’est pas connue avec certitude. Toutefois les juifs tunisiens s’y attachent.

Message de Sauvegarde des Traditions Juives Tunisiennes

Dr Victor Hayoun – Directeur de l’Institut de Recherche de AMIT, Netanya

ROCH HODECH NISSAN

Ou

La Soirée de la BCHICHA

Je suis heureux de vous apporter quelques explications sur cette tradition juive tunisienne vieille de plusieurs siècles.

Voici quelques détails sur la tradition de la Bchicha :

 La tradition est remplie toutes les veilles de Roch Hodech du mois de Nissan.

 Etant donné que le mois de Nissan est le premier mois du calendrier hébraïque, cet événement peut être considéré comme une festivité marquant un Roch Achana supplémentaire.

 La Bchicha est un mélange, moulu très fin, de blé et d’orge additionné d’épices, coriandre et fenouil (ou anis). Certaines communautés ont la coutume d’ajouter à ce mélange des dattes, des amandes, des noix, des raisins secs, ainsi que du sucre et/ou du miel etc.

Comment procéder ?

 On place la Bchicha dans une coupe ou une assiette creuse.

 Tous les membres de la famille tendent l’index (le droit ou le gauche, sans importance) vers le centre de l’assiette.

 Le chef de famille tient dans une main une clef (a tige pleine, non creuse – en arabe: Néftah Dkar c.a.d. « une clef male », ceci par simple mesure d’hygiène, car les clefs a tige creuse accumulée des saletés) et dans la seconde main, un flacon ou une bouteille d’huile.

 Le chef de famille fait couler l’huile sur les doigts tendus et sur la clef, puis tous mélangent la Bchicha et l’huile en disant ensemble:

Khalat El Abchich Bèl Nèftah’ Ya Fètah’ H’on Alina Ya Moulana Ya Razak.

Que l’on peut traduire ainsi :

Mélangeons la Bchicha avec la Clef, Oh! Toi l’Eternel qui ouvre les Portes du Bien. Offre-nous Ta Grâce, Toi Notre Créateur Miséricordieux.

 Après avoir mélangé, on goûte l’amalgame.

 Cette cérémonie symbolise l’ouverture d’une année féconde et abondante de tous les biens du monde.

 En plus de cela, la coutume veut que l’on place ce soir-là, des bagues, des pièces ou des bijoux en or dans le verre du Kandil, la veilleuse d’huile à mèche de coton, qu’il est de tradition d’allumer toutes les veilles de Roch Hodèch. Certains ont la coutume d’ajouter les bijoux d’or dans la Bchicha (prenez garde de ne pas les avaler ni les jeter).

Quelques détails supplémentaires !

 Nous ne connaissons pas l’origine de cette coutume. Nous savons qu’elle est appliquée par les juifs originaires de Tunisie et de Libye uniquement.

 Avec le mois de Nissan nous célébrons aussi le Roch Hodèch A-Ilanoth qui est le nouveau mois des plantes. A ce propos il est à signaler que le jour de Roch H’odech du mois de Nissan nous devons faire la bénédiction des arbres ou Bircath A-Ilanoth.

 En fait c’est un renouvellement que nous recevons avec bénédiction, avec l’arrivée du printemps, des fleurs, des arbres et de la terre et de leurs fruits.

 Certaines communautés de Djerba et de Libye préparaient la Bchicha pour chaque occasion d’inauguration comme par exemple une naissance, un nouveau logement etc.

Une autre Tradition Tune : « Les Verdures » de la sortie de Pessah !

 Cette bénédiction d’une année nouvelle qui arrive, nous la retrouvons dans une autre coutume typiquement juive tunisienne. Alors que nos frères originaires du Maroc et certains d’Algérie fêtent la « Mimouna », le soir de la sortie de la fête de Pessah, chez les Tunes, le père de famille fait un tour dans son appartement et y accroche dans chaque pièce une feuille de laitue ou autre verdure en disant ces mots: « Khadarna ou-A’m Akh-dar » qui se traduit par « Nous avons mis du vert chez nous, et espérons que l’année sera verte (et bénie d’abondance) ».

 La soirée de la Bchicha boucle ce que l’on pourrait appeler la « trilogie » de l’hiver des juifs d’origine tunisienne:

• La fête des filles ou Roch H’odech El-Bnat (le Roch H’odech du mois de Teveth).

• La fête des garçons ou Sh’oudat Ytrou (le jeudi soir de la semaine de la Paracha de Ytro).

• La soirée de la Bchicha (la veille de Roch H’odech Nissan).

 Dr Mikhal Saraf (zal) a écrit à propos de cette tradition de la Bchicha, une mini-brochure de 6 pages en hébreu en 1998.

Je souhaite à tous les membres de la communauté juive d’origine tunisienne et à tout le peuple d’Israël, une année fertile et abondante de tous les biens et les richesses du monde et …

Bon mois de Nissan … et …

Bonne Fête de Pessah ! ! Et …

Kmara A’m Akhor … A l’année prochaine, si D… veut.

p.s. : Dans le parler judéo-arabe de certaines communautés juives de Tunisie, le « ch » est remplacé par le « s » et pour eux il s’agit de la soirée de la « Bsissa ».

p.s. : Léavdil ! Cette même Bchicha est consommée par les musulmans tunisiens lors de leur pèlerinage à La Mecque, ce mélange très nutritif et consistant ne se détériore pas, ne nécessite pas de moyen de conservation et leur permet de se nourrir en route.

Le Héné ou Hena

La cérémonie du henné, une semaine avant le mariage, les Juifs de Tunis célébraient une fête appelée le  » henné « . Ce joyeux événement contribuait au rapprochement des deux familles, celle du fiancé et de sa promise.

Dans les quartiers européens de la capitale on préférait célébrer cette fête dans l’intimité du cercle familial. Tel n’était pas le cas dans les quartiers juifs comme la « Hara ». Dans ces derniers le fiancé achetait à sa future des feuilles de henné vertes, ainsi que du henné en poudre, des confiseries réservées à cette cérémonie: dragées de toutes les couleurs, plusieurs paires de chaussures et des pantoufles ornementées, toutes sortes de produits cosmétiques, des parfums, des savons odorants etc.… Et pour couronner le tout, un bijou précieux constituait le cadeau principal. Le tout était disposé dans une corbeille ornée de bougies électriques et de foulards bariolés.

Une semaine avant le mariage, à la tombée de la nuit, une procession comprenant les frères et sœurs, oncles, amis, voisins et autres camarades, sortait de la maison du fiancé.

A sa tête se tenait un orchestre composé d’un flûtiste et d’un tambour, qui agrémentaient l’évènement d’une musique réservée à cet effet. Juste derrière le groupe de tête se trouvait le porteur de la corbeille qui d’ailleurs la tenait sur tête, et enfin derrière lui le fiancé et ses compagnons marchaient en chantant selon le rythme de la musique. Cette cérémonie de la procession s’appelait  » OUTAYA « .

De temps à autre, on stoppait devant un grand magasin, et l’on branchait le fil électrique des bougies disposées sur la corbeille qui s’illuminait alors d’intensité, et les femmes poussaient leurs youyous dans une lente procession vers la maison de la fiancée.

Une fois ce long cortège arrivé à destination, la joie était grande, mais elle était à son comble lorsque le fiancé remettait à sa promise les précieux cadeaux. La fiancée se rendait alors à la corbeille et en sortait, entre les feuilles de henné, une multitude de petits paquets-cadeaux recouverts de tissus doré à l’intérieur desquels se trouvaient des bagues, des chaines, des bracelets ou des accessoires de maquillage, une ou deux feuilles de henné avec dedans des dragées. Elle distribuait les dragées et une feuille de henné aux filles encore célibataires de sa famille, assurance d’un mariage prochain…

Entre temps, la mère du fiancé préparait le henné pour la cérémonie, ajoutant à la poudre de henné moulue de l’eau et des parfums, pour en faire une pâte noire-verdâtre odorante. La future belle-mère posait dans la main de la fiancée un peu de cette pâte de henné sous les hourras des invités. Des jeunes filles sur le point de se marier, ainsi que de nombreuses autres encore, en mettaient un peu dans le creux de leur main.

Les invités se voyaient offrir un buffet particulièrement copieux qui comprenait: des fèves cuites assaisonnées de cumin et de sel, la  » minina « , pâté de poulet aux œufs, les  » briks  » beignet de pâte feuilletée farci de pomme de terre frit, une cuisse de poulet, une brioche domestique, et le tout avec toutes sortes de variantes. Enfin, le principal, c’était la  » boukha  » , car plus l’ambiance était joyeuse, plus cette boisson coulait à flots.

La fiancée se produisait de temps en temps avec divers costumes et tuniques de couleur ornées de fleurs, qu’elle avait reçus de son fiancé, ainsi que des pantoufles et autres babouches que lui avait offertes son futur époux.

De telles festivités se prolongeaient généralement jusqu’à l’aube.

Source:  » TUNIS la VERTE  » par Shimshon SARFATI traduit de l’hébreu par Dr Emmanuel Doubchak

————–

La Hanna

Par Kisse Rahamim

8 jours avant le mariage a lieu chez les juifs de Tunisie, la HANNA, une fête familiale qui a souvent plus de retentissement que le mariage lui-même et qui permet de rassembler les deux familles.

Au milieu de cette soirée, la mère du fiancé ou quelqu’un de sa famille prépare du Henné et le place dans la main droite de la fiancée à l’aide d’une pièce d’argent ou d’or.

Le Michkénot Aroïm (lettre Hé n° 103) dit que c’est là le début des festivités du mariage.

Par cet acte, la fiancée entre dans sa future famille.

Plusieurs rabbins de Tunis ont trouvé dans le mot HANNA un acronyme aux 3 commandements fondamentaux de l’épouse: HALLA, NIDA, ADLAKAT ANER (CHABBAT).

Les commentaires sont fermés.